La nouvelle vie de Lavillenie, CL, 04.12.2009

 

LA NOUVELLE VIE DE LAVILLENIE
A la veille d'entamer sa saison, Renaud Lavillenie revient avec CL sur les derniers mois qui l'ont vu devenir recordman de France, champion d'Europe,3e des Mondiaux et quitter Cognac
 
Julien PRIGENT

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Il faut s'y faire et il s'y fait. Renaud Lavillenie est la nouvelle star de l'athlétisme français. L'année passée fut la sienne. Recordman de France et auteur de la meilleure performance mondiale de la saison avec 6,01 m, vainqueur de la Coupe d'Europe et médaillé de bronze aux Mondiaux de Berlin, à 23 ans (il les a fêtés en septembre dernier), le perchiste de Nercillac est devenu un très grand. Et il l'assume.

Mardi, celui qui vient de quitter le club de Cognac pour signer à Clermont-Ferrand recevait dans la capitale auvergnate. Une demi-journée dégagée au forceps de son agenda de sportif de haut niveau pour évoquer avec Charente Libre et L'Equipe sa saison qui débute demain sur le sautoir d'Aulnay-sous-bois en région parisienne. 

Son ascension fulgurante vers les sommets ne lui est pas montée à la tête. D'autres se seraient vus très beaux après la saison monstrueuse qu'il vient de réaliser. Lavillenie reste un garçon simple.

Un jeune homme de 23 ans qui aime les sorties entre potes, adore les soirées home-cinema avec sa petite amie Anaïs, elle aussi perchiste à Clermont, dans le T3 qu'il vient d'échanger contre son F1 («un appart qui convenait quand je faisais 5,70 m»). Il passe son permis moto, profite de rares moments de loisirs pour grimper le Mont-Dore à VTT, assister aux matches des rugbymen clermontois («je découvre et j'adore. Pas comme le foot...») ou des basketteurs de Vichy où a signé mon ami Antoine Eïto, Cognaçais lui aussi.

Une brasserie sans charme du centre-ville clermontois. Il termine ses profiteroles au chocolat, commande un nouvel orangina. L'entraînement est dans une heure et demie. On ouvre le micro, Lavillenie se prête au jeu. Sans tricher.

Et qu'on se rassure, même s'il s'est exilé pour de bon, le perchiste n'a pas oublié ses racines charentaises. Lorsqu'on lui demande la route du gymnase pour y réaliser la séance photo, il lance un imparable: «Vous trouverez, c'est pas écartable.»

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L'après-Mondial

«Les proches m'ont fait relativiser ma déception et prendre conscience du truc énorme que j'avais réussi à faire. Bon, sur un saut, si on prend les Mondiaux, c'est bien mais pas top. Mais sur un an, ma progression est monstrueuse. Peu ont réussi à faire ce que j'ai fait: j'ai passé neuf fois 5,80 m cette année alors que l'année précédente mon record était de 5,70m. C'est sûr que c'est super. Mais j'en veux toujours plus. J'ai la compétition en moi: avec 6,01m en engagement à Berlin, il fallait aller chercher quelque chose de beau. Heureusement qu'il y a eu la médaille: ça m'a donné une satisfaction quand même.»

«Fini les études, maintenant je suis payé»

«J'ai arrêté les études (en deuxième année de Staps). J'ai signé un contrat avec l'Alma consulting group pour me préparer professionnellement à mon avenir. Ça apporte une grande sérénité. Les études c'était bien, mais ça ne me faisait pas gagner ma vie. 

C'est Damien (Inocencio, son entraîneur), qui me le faisait remarquer: quand on est à 15 cm du record du monde, on ne peut pas se permettre de se lever à 7h pour aller en cours.

Là je suis payé. Ça fait un souci en moins. Je m'entraîne huit fois et 15 ou 16 heures par semaine, j'ai plus de récup, de soins, de kiné. Je rentre dans une logique professionnelle.»

«La rançon de la gloire»

«Ma notoriété a changé énormément. Il m'arrive d'être interpellé dans les magasins. Je m'amuse aussi à regarder du coin de l'œil des groupes de gars qui m'observent et me montrent du doigt. Ça me fait marrer. On ne voit plus les choses de la même façon.

Sur les manifestations sportives, c'est sympa et parfois pesant. Il n'y a pas longtemps, j'ai donné le coup d'envoi de Clermont-Stade Toulousain en Top 14. Samedi, j'étais sur le cross de Volvic où je suis parrain: plein de monde est venu me voir. C'est la rançon de la gloire.

Il y a la sollicitation des médias aussi: depuis l'année dernière, L'Equipe bien sûr, mais aussi TF1France 2 et 3Eurosport, la télé d'Orange. C'est impressionnant. Le changement est radical. De la part des médias locaux également, maintenant que j'ai signé ici.»

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Adieu Cognac...

«Cognac ne répondait plus vraiment à mes attentes. En gros, le président et le maire ne voulaient pas participer à la professionnalisation du sport. Payer un athlète n'était pas ce qu'ils envisageaient. Ce n'est pas l'argent qui m'intéressait mais je ne veux pas non plus être pris pour un con. Une carrière dure dix ans.

Je ne vois pas pourquoi certains toucheraient 1500 ou 2000 euros par mois alors que moi je serai payé en bons d'achats de 150 € chez Intersport! Même si à côté de ça j'avais des aides de la Région et du Département, le président du club m'a fait attendre deux ans en me disant 'on va faire quelque chose' alors qu'en fait ce n'était jamais au niveau de ce à quoi je pouvais prétendre. Je ne suis pas allé démarcher d'autres clubs, j'aurais pu: je n'aurais eu que deux ou trois coups de fil à passer.

La volonté de Cognac de rester un petit club, je la respecte. Mais j'y ai pris ma première licence en 92 ou 93, jene sais plus, c’est mon club de famille, et de voir qu’à cause d’une personne très peu de choses se font, c’est dommage.

Quand on voit l’importance médiatique que j’avais dans la région, ça aurait pu prendre une autre ampleur. Quand je vois dans Charente Libre ce que Jarnac a fait pour les mecs du canoë (Braud et Forgit, quatrième aux JO de Pékin): un super truc, écran géant...  A Cognac, ils ont été incapables de faire ça.

Il y a eu une période où ça a attaqué sévère dans la presse. On m’a fait passer pour un mercenaire, ce qui n’est pas le cas, je ne voulais pas qu’on gâche mon image. Je me suis défendu. Et le président, au lieu de mettre les choses au clair avec moi, m’a balancé un mail ou deux d’insultes. J’ai eu du mal à l’accepter.»

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...Bonjour Clermont

«Je pense que dans les médias, on va désormais me qualifier de Clerm-

ontois et non plus de Charentais. Ce sont des choses qu’on ne maîtrise pas. C’est pour ça que dans un sens ça me fait chier de quitter le club de Cognac. Mais j’ai toujours ma famille en Charente, et que je sois à Clermont ou pas ça ne changera en rien tout ça.

Cela dit, pour des questions logistiques, Clermont c’est plus pratique. Ils m’ont contacté, j’ai donné mon feu vert. En l’espace de 24h j’ai signé une convention concrète. Je touche entre 15 et 20 000 € par an. 

Ici, je me sens bien. Ce n’est pas une ville démesurée: on met quelques minutes à rejoindre le centre-ville ou le stade où je m’entraîne.»

Grimper sur le toit  du monde

«L’idée c’est de continuer sur ma lancée. Etre régulier à 5,90 m pour être performant dans les grands championnats.

En terme de compétition, j’ai deux gros objectifs: les Monde cet hiver (au Qatar) et les Europe cet été (à Barcelone). Aux Mondiaux indoor, j’ai une revanche à prendre sur Steve Hooker (l’Australien qui l’avait devancé aux championnats du monde de Berlin). Et aller chercher le titre de Champion d’Europe.

Et puis il y a le record du monde (6,16 m, propriété de l’Ukrainien Sergueï Bubka).

Steve Hooker m’a demandé de le rejoindre cet hiver en Australie pour m’entraîner avec lui dans l’optique de s’attaquer tous deux au record. Mais j’ai décliné car cela arrive trop tôt dans la saison. ça pourrait mettre ma saison en péril. Hooker est à 10 cm du record. Moi à 15. On est très proches.

Sur un concours, dans de bonnes conditions, avec une bonne émulation, c’est quelque chose qu’on peut faire. Pourquoi pas cet hiver? C’est quelque chose de possible pour nous deux. Mais j’ai le temps. J’espère déjà rebattre le record de France en salle. Mais je ne vais pas me précipiter.»

 

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-25 février: chpt France Elite à Clermont ferrand

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