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Le médaillé de bronze des Mondiaux de Daegu n’est jamais aussi heureux que dans les airs, lorsqu’il saute à la perche. Il n’y a donc pas un gros effort d’imagination à faire pour
l’imaginer en train de regarder avec envie ses camarades d’entraînement sur le sautoir. Cette situation, l’athlète de Clermont Athlétisme Auvergne entraîné par Damien Inocencio l’a connue
pendant sept semaines. La faute à une fracture du troisième métacarpe de la main gauche début décembre, survenue en pleine séance à cause d’une perche cassée. Renaud Lavillenie a
finalement pu sauter à nouveau mercredi dernier, après avoir obtenu le feu vert de son chirurgien. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a vite retrouvé ses sensations…
Athle.com : Vous avez effectué votre première séance de saut à la perche depuis près de deux mois il y a deux jours. Comment s’est-elle passée ?
Renaud Lavillenie : Je suis content d’avoir repris et surtout surpris de la façon dont cela s’est déroulé. Pour une première séance, je m’attendais à être à la
recherche de mes sensations. Mais finalement, c’est comme si ces sept semaines sans sauter n’avaient jamais existé.
Quel a été le contenu de cette reprise ?
L’entraînement a été relativement court avec une heure, une heure quinze de sauts. J’ai testé ma main au début, en effectuant de petits sauts avec de petites perches pour voir si je ne
ressentais pas de douleur. J’ai pu me rendre compte que tout allait bien. Ensuite, j’ai sauté sur huit, dix et douze foulées. Je voulais mettre vite de l’élan pour rattraper le
temps perdu. J’ai été assez surpris de pouvoir sauter avec la perche avec laquelle je possède mon record (5,65 m) sur douze foulées. Mercredi, je suis allé un peu plus haut que 5,50 m. Et
j’ai terminé la séance par des sauts sur quatorze, seize puis vingt foulées, soit mon élan maximum. Je me suis rendu compte que je n’avais pas la même approche qu’avant ma blessure. Je
dois retrouver le rythme. Mais ça n’est que du positif.
Avez-vous ressenti un peu d’appréhension avant cet entraînement ?
Je n’ai pas eu d’appréhension directement. Mais je me revois, après coup, penser à la perche cassée. Ca ne m’a pas empêché pour autant de faire des sauts corrects. C’est la première fois
que je m’arrêtais aussi longtemps de sauter. Je me demandais comment ça allait se passer. Je m’attendais à franchir 5,50 m, mais pas sur si peu d’élan. J’ai presque l’impression que tout
a été trop facile. Mais en fait, je suis à moitié surpris. J’ai la perche dans le sang, même si on ne sait jamais exactement comment on va réagir dans ce genre de circonstances.
Quand on aime autant son sport que vous, comment vit-on ces sept semaines sans saut à la perche ?
Il y a eu deux périodes. Pendant la première, au début, je ne pouvais même pas tenir une perche. Je savais qu’il fallait que je reste au calme. Avec les fêtes de fin d’année, j’ai pu
penser à autre chose. Mais après quatre, cinq semaines de coupure, je me suis aperçu que j’avais plutôt de bonnes sensations au niveau de la main. Le pire moment, ça a été quand le
chirurgien m’a autorisé à tout reprendre sauf la perche. Je commençais à bouillir et à trouver le temps très long. En plus, tout le monde autour de moi reprenait la compétition. Il ne
fallait pas une semaine de plus sans perche. Je ne sais pas si j’aurais tenu !
Quelle est la suite de votre programme ?
Je vais effectuer quatre ou cinq séances spécifiques de perche avant ma première compétition. L’objectif sera de continuer à être prêt physiquement en retrouvant tous mes repères pour
être dans le coup. Je ferai ma rentrée à Donetsk le 11 février. Mine de rien, j’attends ce moment avec impatience. Je devrais ensuite enchaîner avec Liévin, la finale du Perche Elite Tour
à Nevers, puis les championnats de France Elite et les Monde.
Le début de saison au niveau mondial est assez intéressant, avec déjà un perchiste à 5,90 m… Les regards sont plus tournés pour l’instant vers le Russe (Dmitriy
Starodubtsev), qui a sauté deux fois à 5,90 m mais dans des conditions qu’on ne connaît pas réellement. J’attends de le voir en vrai. Walker a franchi 5,80 m mais ça, c’est zéro surprise.
Je ne m’attendais pas à moins de sa part. En fait, c’est chez les filles que ça va haut pour l’instant ! Holly (Bleasdale) a réalisé 4,87 m, Spiegelburg 4,77 m. Holly s’est entraînée à
Clermont et on a pu pas mal discuter. Comme moi il y a trois ans, elle montre qu’il n’y a pas besoin d’un physique de pur perchiste pour aller haut. Elle n’est pas aussi dessinée que
certaines athlètes mais elle possède une grosse force mentale et une belle technique.
Que représentent pour vous les Mondiaux d’Istanbul sur le chemin des Jeux olympiques ?
Ils vont me permettre de voir où j’en suis sur la scène internationale. Ce sera une bonne mise en route pour répéter Londres. Et puis, il y a toujours une médaille à aller chercher pour
continuer à repartir de chaque grand championnat avec quelque chose. J’ai compté et, aux Jeux, on sera huit athlètes potentiellement à plus de 5,85 m. Avec aucun leader plus qu’un autre.
Ce suspens fait envie aussi bien aux spectateurs qu’aux athlètes.
Propos recueillis par Florian Gaudin-Winer pour athle.com
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